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Bibliographie fiction auteurs algériens

18-01-2006 , Clotilde Chauvin

Qu’entend-on par auteur algérien ? Le sujet pourrait faire débat. Nous considérons néanmoins qu’Albert Camus, Franz Fanon, Jean Sénac... sont des auteurs algériens aux côtés d’Azouz Begag, Assia Djebar, Mohamed Dib et bien d’autres encore...
La bibliographie sélective qui suit mentionne quelques œuvres d’auteurs algériens avec des liens sur des sites d’éditeurs, de critiques, ou les sites des auteurs eux-mêmes. Les résumés sont extraits des sites des librairies virtuelles : Amazon, Fnac, Decitre... ou des sites des éditeurs.

B

Bachi, Salim
Salim Bachi sur le site dzlit, « Littérature algérienne »

- Le chien d’Ulysse. Gallimard, 2001.
29 juin 1996. Quatre ans après l’assassinat du président algérien Mohamed Boudiaf, Hocine parcourt les rues de Cyrtha, une ville qui emprunte ses traits à Constantine ou Alger, et, plus loin dans le temps, à Cirta, l’antique, la numide. De cette errance naît un récit étrange, halluciné, une odyssée ivre qui entremêle lyrisme et grotesque, ombre et lumière.

- La Kahéna. Gallimard, 2003.

- Tuez-les tous. Gallimard, 2003.
" Ils marchaient dans la nuit noire. Elle versait des larmes. Il détestait ça. Il avait envie de la tuer. Il tuerait l’Amérique à travers elle. Et demain matin, il garderait les yeux ouverts quand il lancerait le Boeing 767 de la compagnie American Airlines sur les deux tours les plus orgueilleuses de l’humanité. Les yeux grands ouverts. " Le 11 septembre 2001, un terroriste, aidé de ses complices, prend le contrôle d’un avion et le précipite sur le World Trade Center. Salim Bachi retrace la vie et les pensées de cet homme quelques heures avant la tragédie.

Begag, Azouz

- Le Gône du Chaâba. Le Seuil, 2005.
Le Chaâba ? Un bidonville au bord du Rhône, près de Lyon, il n’y a pas si longtemps... Un amas de baraques en bois, trop vite bâties par ces immigrants qui ont fui la misère algérienne. Ici comme ailleurs, les éclats de rire des enfants résonnent dès le lever du soleil. Les " gones " se lavent à l’eau du puits et font leurs devoirs à même la terre. Mais chaque matin, ils enfilent leurs souliers pour se rendre à l’école avec les autres... Là, derrière les mots inscrits sur le cahier d’écriture, de nouveaux horizons apparaissent. Un monde de connaissances, de rêves et d’espoirs à découvrir.

- Béni ou le paradis privé. Le Seuil, 2005.
Les profs trouvent qu’il s’en sort bien " pour un étranger ". Les policiers s’adressent à lui en petit-nègre. Lui, il s’est choisi un drôle de nom, qu’il aime " parce que là, on voit pas que je suis arabe. Pas comme Ben Abdallah que je suis obligé de porter comme une djellaba toute la journée en classe. " Béni est français. Ses parents, algériens. Et la société, compliquée. Alors quand on lui demande d’où il vient, il répond qu’il est " d’origine humaine ", pour rire... Dans les années 70, lorsque les cités ne sont pas encore des " téci ", un adolescent apprend à ravaler la honte et la colère pour laisser libre cours à sa rage de vivre communicative.

- Le marteau pique-cœur. Le Seuil, 2005.
Il n’y a pas si longtemps, des bidonvilles se dressaient sur les berges du Rhône. Ceux qui ont vécu là, les pionniers de l’immigration algérienne, vieillissent et s’effacent en silence. Azouz Begag, lui, est devenu romancier et sociologue. C’est un homme des idées et des mots, des aéroports aussi, un Occidental pressé, en même temps qu’un Arabe aux émotions à fleur de peau. Certains jours, il ne sait plus d’où il est. Quelque part à Lyon, dans un hôpital anonyme, son père, vieil immigré aux mains cimentées, s’éteint comme il a vécu : sans déranger. La smala se retrouve autour de ce vide. Une mémoire venue de loin ressurgit, de cette autre rive où l’écrivain et sa fille conduiront ensemble le corps du père au cours d’un étonnant voyage à rebours de leur histoire. Dix-huit ans après Le Gone du Chaâba, Azouz Begag reprend le fil d’une autobiographie dont la verve et la sincérité ont fait le succès.

Azouz Begag sur le site d’Altérités, magazine édité par la Cité nationale de l’histoire de l’immigration.


Belamri, Rabah

Regard blessé, Gallimard, Folio, 2002.
Algérie, 1962. Hassan, quinze ans, commence à perdre la vue à la suite d’un décollement de la rétine. Double tragédie : personnelle et collective...
Prix France Culture 1987.

Chronique du temps de l’innocence, Gallimard, 1996.
Roman d’apprentissage dans un village algérien des années 30. Badr, 7 ans et sa sœur Boudour chassés de l’école coranique et connaissent l’exclusion pour avoir récité une sourate dans une taverne. Une expérience personnelle qui rappelle la douloureuse histoire de son pays

Femmes sans visage. Gallimard, 1992.
Le héros a fui dans la montagne après avoir sauvé la vie d’un Français pendant la guerre d’Algérie.

Bey, Maïssa

Cette fille-là, Editions de l’Aube, 2001.
Dénonciation de la condition de la femme en Algérie à travers la quête de Malika, petite fille abandonnée qui refuse de grandir et recherche désespérément la trace de ses origines pour se construire et trouver son identité.
Prix Marguerite Audoux en 2001.

Entendez-vous... dans les montagnes, Editions de l’Aube, 2005.
Huis-clos dans un train entre 3 personnages : la narratrice, algérienne, un homme d’une soixantaine d’années et une jeune fille blonde appelée Marie. Le contact va s’établir entre les trois personnages. Un récit qui permet de retrouver le souvenir de son père tombé sous la torture en 57.

Chaulet-Achour, Christiane. Écrire en Algérie - Maïssa Bey, sept années de création. Notre Librairie. Revue des littératures du Sud [en ligne], avril-juin 2003, n° 150 [consulté le 16 janvier 2006]. Disponible sur : http://www.adpf.asso.fr/librairie/derniers/pdf/nl150_3.pdf

Boudjedra, Rachid

La Vie à l’endroit, Grasset, 1997
Alger, mai 1995. Le club de football de Belcourt remporte la Coupe d’Algérie dans une Alger en proie au terrorisme. Explosion de joie délirante avec comme mascotte du carnaval, Yamaha, un nain bariolé et baroque qui donne le ton de cette fête improvisée qui va durer trois jours. Rac, clandestin depuis quelques années, condamné par le terroristes, rumine sa peur et ses souvenirs : celui de Flo, une Française qu’il aime et souvenirs d’enfance, déchirés par la guerre. Assassinat de Yamaha, coupable de gaieté partagée...

Timimoun, Gallimard, Folio, 1995
Un ancien pilote de chasse de l’armée algérienne, devenu alcoolique, conduit un car de touristes à travers le Sahara. Il tombe "amoureux et jaloux à en hurler" de Sarah, elle-même entichée d’un beau musicien noir. En contrepoint à cet "amour désastreux", la radio égraine ses sanglantes informations (bombes, meurtres, enlèvements intégristes). Le titre fait référence à un ksar rouge dominant une palmeraie où des touristes font une halte. Première sélection Goncourt 1994.

Bonn, Charles. Limag [en ligne]. 1998 [consulté le 12 décembre 2005]. Rachid Boudjedra. Disponible sur : http://www.limag.refer.org/Volumes/Boudjedra.htm

Bouraoui, Nina

Mes mauvaises pensées, Stock, 2005.
Prix Renaudot 2005
Algériades [en ligne]. Mes mauvaises pensées de Nina Bouraoui, prix Renaudot 2005 [consulté le 12 décembre 2005]. Disponible sur : http://www.algeriades.com/news/previews/article1728.htm

Garçon manqué, Stock, 2000
Livre sur l’identité nationale & sur l’identité de l’auteur (identité sexuelle, difficulté d’accepter son corps). Nina Bouraoui est-elle Algérienne ou Française ? Peur de l’autre, peur de soi. Douleur d’un pays meurtri par la guerre. Ecriture thérapeutique et soigner l’exclusion et l’exil.

Le Jour du séisme, Stock, 1999
Une quête de soi-même dans un récit poétique qui relate le passage de l’enfance à l’adolescence sur un fond d’Algérie en proie à un séisme (1980) qui en annonce un autre, celui de la guerre civile.


C

Camus, Albert

Wikipédia, l’encyclopédie libre [en ligne]. Fondation Wikipédia, 2003- [consulté le 12 décembre 2005]. Albert Camus. Disponible sur : http://fr.wikipedia.org/wiki/Camus

Web Camus [en ligne]. Web Camus, 1996-, mis à jour le 23/01/05 [consulté le 12 décembre 2005]. Disponible sur : http://webcamus.free.fr/
Un site dédié à Camus depuis 1996.

Saïd, Edward. Albert Camus, ou l’inconscient colonial. Le Monde Diplomatique [en ligne], novembre 2000 [consulté le 12 décembre 2005]. Disponible sur : http://www.monde-diplomatique.fr/2000/11/SAID/14483.html

L’Etranger. Gallimard, Folio. 2005.
1942.
Condamné à mort, Meursault. Sur une plage algérienne, il a tué un Arabe. À cause du soleil, dira-t-il, parce qu’il faisait chaud. On n’en tirera rien d’autre. Rien ne le fera plus réagir : ni l’annonce de sa condamnation, ni la mort de sa mère, ni les paroles du prêtre avant la fin. Comme si, sur cette plage, il avait soudain eu la révélation de l’universelle équivalence du tout et du rien. La conscience de n’être sur la terre qu’en sursis, d’une mort qui, quoi qu’il arrive, arrivera, sans espoir de salut. Et comment être autre chose qu’indifférent à tout après ça ?

La Peste. Gallimard, Folio, 1996.
1947, prix de la critique en 1948
Suite à une épidémie de peste, les autorités décident de fermer la ville d’Oran (ville où est né Albert Camus). Les habitants s’organisent pour survivre au siège de cette maladie mortelle,

Le Premier Homme. Gallimard, Folio, 2000.
(inachevé, publié par sa fille ; 1994, Gallimard)
Alger. Une charrette cahotée dans la nuit transporte une femme sur le point d’accoucher. Plus tard, naît le petit Jacques, celui-là même que l’on retrouve dès le second chapitre, à 40 ans. Devant la tombe de son père, visitée pour la première fois, il prend soudain conscience de l’existence de cet inconnu. Dans le bateau qui l’emporte vers sa mère à Alger, commence la brutale remontée dans cette enfance dont il n’a jamais guéri. Les souvenirs de l’école, de la rue et de la famille jaillissent, faits de soleil et d’ombre. Mais à l’ombre et à la misère, il découvre qu’il a répondu, toujours, par une "ardeur affamée", une "folie de vivre" indéfectibles malgré ce père qui lui a manqué.

D

Dib, Mohammed. Grand Prix de la Francophonie de l’Académie française.

L’Infante maure, Albin Michel, 1994.
Entre une mère européenne et un père maghrébin, que peut être la réalité ? Des sapins enneigés aux dunes infinies de sable, de la confrontation de deux traditions, de deux imaginaires, elle construit tout l’univers magique de l’enfance solitaire avec ses rites et ses secrets, et abolit à sa façon la souffrance et la séparation.

La nuit sauvage, Albin Michel, 1995. Recueil de nouvelles sur l’Algérie, ses tragédies et ses conflits.

Si Diable veut, Albin Michel, 1998.
Allégorie dont l’Algérie est le centre. Hadj Merzoug et Yéma Djawhar, vieux couple solitaire vivant dans un petit village, attendent l’arrivée de France de leur jeune neveu Ymran pour les aider à gérer le petit lopin de terre. Mais des signes inquiétants viennent semer la panique, la peur et la désolation, notamment une horde de chiens fous...
Le Sommeil d’Eve, Editions de la Différence, 2003.
Rencontre d’une femme avec son destin.

Neiges de marbre, Editions de la Différence, 2003.
Un homme du Sud, une femme du Nord. Entre les deux, leur enfant, la petite Lyyl. Enracinement puis arrachement dans la vie d’un couple mixte séparé...

Dib, Mohamed. L’hippopotame qui se trouvait vilain. Albin Michel Jeunesse, 2001 (petits ou faibles lecteurs)

Djaout, Tahar

Les chercheurs d’os, Le Seuil, 2001.
Prix 1984 de la Fondation Del Duca.
Un adolescent part à la recherche des restes de son frère aîné, mort au combat pendant la guerre d’indépendance en Algérie.

Les Vigiles. Le Seuil, 1999.
Roman corrosif sur la société algérienne d’aujourd’hui...

Djebar, Assia

La Femme sans sépulture, Albin Michel, 2002.
La Femme sans sépulture, c’est Zoulikha, héroïne oubliée de la guerre d’Algérie, montée au maquis au printemps 1957 et portée disparue 2 ans plus tard, après son arrestation par l’armée française. Cette femme exceptionnelle est si vivante dans sa réalité de mère, d’amante, d’amie, d’opposante politique, dans son engagement absolu et douloureux...

Les Nuits de Strasbourg, Actes Sud, 2003.
Pour retrouver François, un amant de 20 ans son aîné, Thelja quitte Paris. Les amours brèves mais fulgurantes de cette femme attendue à Alger par un mari et un enfant, et de ce Français veuf, tourmenté par le passé, dureront neuf nuits.

Vaste est la prison, Albin Michel, 1995.
Chronique féminine : tragédies, passions et mutations.

Le Blanc de l’Algérie, Albin Michel, 1996.
Le Blanc de l’Algérie recrée, à travers la mort d’écrivains, certains épisodes de la guerre d’Indépendance passés sous silence, éclairant ainsi l’amont de la crise actuelle comme guerre fratricide.


F

Fanon, Franz

Franz Fanon sur Bibliomonde

L’an V de la révolution algérienne. La Découverte, 2001. Témoignage sur la guerre d’Algérie et la naissance d’une nation...

Les damnés de la terre. La Découverte, 2002.
Préface de J.P Sartre.

Peau noire, masques blancs. Le Seuil, 2001.

Feraoun, Mouloud

Le Fils du pauvre, Le Seuil, 1954
Une enfance et une adolescence dans une famille kabyle, pendant l’entre-deux-guerres : c’est un récit autobiographique.

Jours de Kabylie, Le Seuil, 2002.
Évocation de la Kabylie, de ses paysages et de ses habitants.

K

Khadra, Yasmina
Yasmina Khadra [en ligne] [consulté le 12 décembre 2005] Disponible sur : http://www.yasmina-khadra.com
Le site de l’auteur

M

Mammeri, Mouloud

La Colline oubliée, Gallimard, Folio,1992.
Publié en 1952. 1939, au cœur des montagnes de Haute Kabylie. Dans un village gouverné par les valeurs et les coutumes ancestrales, les existences se déroulent au rythme des saisons. Mokrane y est né, y a grandi et y vit dans l’alternance des douleurs, des espoirs, des vengeances. Au moment de la guerre, la mobilisation et le départ des hommes engendrent un désarroi confusément ressenti comme une malédiction sur le village. Les habitudes et les mentalités changent, l’ordre colonial commence à ébranler l’harmonie séculaire d’un monde enchanté sentant sa fin prochaine.

Mimouni, Rachid

L’Honneur de la tribu, 1999
"Il faut que vous sachiez que la Révolution ne vous a pas oubliés, nous déclara-t-il à son arrivée. Nous ne savions pas alors ce qui nous attendait". Ainsi s’ouvre ce récit, par la voix d’un vieil homme qui, pour l’honneur de sa tribu, entreprend de raconter l’histoire - devenue presque mythique - de sa communauté, des débuts de la colonisation française en Algérie à ces jours de honte qui voient la destruction de son âme par ceux-là mêmes qui prétendent, autoritairement, lui forger un nouveau visage.

Une peine à vivre, Stock, 1991
Face au peloton d’exécution se trouve le tout-puissant Maréchalissime, cynique et violent dictateur d’un pays sans nom. Alors que les douze soldats épaulent leurs fusils, le tyran ferme les yeux et se souvient...
Critique baroque et cinglante du totalitarisme, Une peine à vivre, roman extrême de la violence et de la compassion, nous interroge sur ce qu’il y a d’essentiel à l’homme : l’amour ou le pouvoir. La Malédiction, Stock, 1993
Juin 1991 à Alger : les intégristes viennent de lancer une grève insurrectionnelle dans le but affiché de prendre le pouvoir, et ont ordonné à leurs troupes d’occuper les places publiques de la capitale. Afin de soigner leurs nervis blessés au cours des affrontements, ils prennent le contrôle du plus grand hôpital d’Alger et y instaurent un ordre qui préfigure celui qu’ils veulent imposer au pays entier.
Kader, jeune obstétricien, Saïd, intellectuel désabusé, Palsec, figure gouailleuse et pathétique de Gavroche algérois, Louisa et Morice, étrange vieillard qui égrène les souvenirs du temps du maquis et de la lutte pour l’indépendance se retrouvent dans ce lieu naissance et de mort, métaphore d’une nation déchirée entre avenir et passé.

Le site de Rachid Mimouni


Mokeddem, Malika

L’Interdite. Grasset, 1993
Parce qu’une lettre d’un homme qu’elle aima autrefois, Yacine, est postée du village où elle est née, Sultana revient en Algérie. Médecin à Montpellier, Sultana avait cru conjurer par l’exil l’enfermement où sont tenues les femmes là-bas. Elle avait tout quitté, même Yacine, pour être libre, et voici que Yacine vient de mourir et que l’amour torturant qu’elle porte à son pays l’incite à y rester. Yacine était également médecin ; Sultana décide de le remplacer quelque temps au dispensaire qu’il tenait. Dans ce même village, Vincent est venu lui aussi à la recherche d’une mémoire incertaine. On lui a greffé un rein et le seul indice qu’il possède du donneur est qu’il s’agit d’une jeune femme algérienne. Vincent et Sultana vont commencer une histoire d’amour mais au pays des intégristes une femme libre mérite la mort. Soutenue par les uns, attaquée par les autres, traquée, Sultana devra céder la place...

La Nuit de la lézarde. Grasset, 1998
Dans un ksar du désert algérien - un hameau de pisé qui domine la grande plaine -, Nour fait l’apprentissage de la liberté. Une liberté de femme conquise à force d’entêtement à vivre, de refus de toute humiliation. Son prénom signifie lumière. Nour a décidé de rester dans ce ksar que les autres habitants ont déserté parce qu’il tombe en ruine, et parce que la source s’est tarie.

Mes hommes. Grasset, 2005
« Je suis restée vingt-quatre ans sans voir mon père. Il refusait de me recevoir avec mon époux français. Un mécréant. La transe des insoumis se referme sur nos retrouvailles. Mon père ignore tout de ma vie intime depuis l’adolescence. Il ne connaît même pas les prénoms des hommes que j’ai aimés. Il ne veut surtout pas savoir. Jamais. Car tous les mots qui s’appliquent à ma vie de femme libre relèvent de la honte, du péché, de la luxure. C’est ce silence exorbitant sur ma vie qui est à l’origine de ce texte. J’ai quitté mon père pour apprendre à aimer les hommes. Ce continent encore hostile car inconnu. Et je lui dois aussi de savoir me séparer d’eux. Même quand je les ai dans la peau. J’ai grandi au milieu des garçons. J’ai été seule fille de ma classe de la cinquième à la terminale au lycée. J’ai été la seule pionne dans l’internat parmi des hommes... Je me suis faite avec eux et contre eux dans toutes les acceptions des termes. Ils incarnent tout ce qu’il m’a fallu conquérir, apprendre par coeur pour accéder à la liberté. Je n’ai pas cherché mon père en d’autres hommes. Je les ai aimés, admirés, différents pour le garder dans l’absence. Et je tiens à le coucher de son vivant, parmi eux, dans un livre. Car ma vie est ma première oeuvre. Et l’écriture son souffle sans cesse délivré. » M.M

S

Sansal, Boualem
Le serment des barbares, Gallimard, 1999.
« Tout est douteux à Rouiba, son opulence autant que sa prétention d’être le poumon économique de la capitale. L’agriculture est un vice qui n’a plus de troupes. L’industrie bricole dans le vacarme et la gabegie. Les rapports d’experts le proclament ; mais qui les lit ? Le commerce est mort de mort violente, les mercantis lui ont ôté jusqu’à la patente. À ceux qui s’en inquiètent, des nostalgiques de la mamelle socialiste ou des sans-le-sou, les bazaris jurent que c’est l’économie de marché et que ça a du bon. Leurs complices du gouvernement, qui ont fini de chanter la dictature du prolétariat, apportent de l’eau à leur moulin en discourant jusqu’à se ruiner le gosier. Et si le Coran, le règlement et la pommade sont de la conversation, ce n’est pour ces camelotiers ruisselant de bagou qu’artifices pour emmancher le pigeon et boire son jus. Soyons justes, on ne saurait être commerçant florissant et se tenir éloigné de l’infamie ; l’environnement est mafieux, le mal contagieux ; un saint troquerait son auréole pour un étal [...] Les rapports avaient prévu la dérive ; mais qui les a lus ? Ainsi était Rouiba ; il y a peu. » Une épopée rabelaisienne dans l’Algérie d’aujourd’hui.

Dis-moi le paradis, Gallimard, 2003.
Au Bar des Amis, sur les hauteurs de Bab el-Oued, on discute beaucoup. On y refait le monde en général, et l’Algérie en particulier. Le patron, Ammi Salah, ancien fellagha revenu de tout, accepte que son établissement se transforme chaque jour en agora tapageuse. Chacun a son histoire à raconter, sa vision de l’avenir ou du passé à faire valoir ou à inventer. De ces tonitruantes controverses émerge plus particulièrement l’histoire de Tarik, l’un des habitués, médecin dans un hôpital d’Alger. Tarik raconte comment il a récemment traversé l’Algérie en compagnie de deux de ses cousines, revenues de l’étranger pour aller voir leur mère mourante dans le sud du pays. Un personnage mystérieux incarne le désarroi du peuple algérien : c’est un enfant mutique recueilli en route par Tarik, qui garde les yeux grands ouverts sur un passé indicible. Le voyage permet à Tarik de dresser un inventaire de l’Algérie contemporaine, entre farce et cauchemar, et son récit autorise les ivrognes volubiles du Bar des Amis à déployer leurs précieux commentaires. On retrouve ici la verve rabelaisienne de Boualem Sansal, ses critiques cinglantes ou cocasses, son exceptionnelle vitalité littéraire.

Harraga, Gallimard, 2005.
Une maison que le temps ronge comme à regret. Des fantômes et de vieux souvenirs que l’on voit apparaître et disparaître. Une ville erratique qui se déglingue par ennui, par laisser-aller, par peur de la vie. Un quartier, Rampe Valée, qui semble ne plus avoir de raison d’être. Et partout dans les rues houleuses d’Alger des islamistes, des gouvernants prêts à tout, et des lâches qui les soutiennent au péril de leur âme. Des hommes surtout, les femmes n’ayant pas le droit d’avoir de sentiment ni de se promener. Des jeunes, absents jusqu’à l’insolence, qui rêvent, dos aux murs, de la Terre promise. C’est l’univers excessif et affreusement banal dans lequel vit Lamia, avec pour quotidien solitude et folie douce. Mais voilà qu’une jeune écervelée, arrivée d’un autre monde, vient frapper à sa porte. Elle dit s’appeler Chérifa, s’installe, sème la pagaille et bon gré mal gré va lui donner à penser, à se rebeller, à aimer, à croire en cette vie que Lamia avait fini par oublier et haïr.


Sebbar, Leila.

Shérazade. Stock, 1982.

Shérazade est un roman d’aventures singulier. Le roman d’initiation d’une fugueuse de banlieue. Shérazade est Algérienne, 17 ans, brune, frisée, les yeux verts, suivant le signalement de la Police. C’est l’histoire à la fois drôle, extravagante et réaliste de ses dérives et de ses rencontres dans Paris. Shérazade, insoumise, erre dans la ville [...]vole, fait des casses, frôle le terrorisme, côtoie le monde de la drogue, de la prostitution, du luxe, de la mode, de la publicité. Shérazade farouchement libre, tendre et violente, aventureuse et perspicace, incarne la nouvelle sensibilité à l’amour, à l’argent, au temps, à la ville. Elle a la grâce sublime et dérisoire de la jeunesse.

Sept filles. Thierry Magnier, 2003.
“Je connais les femmes et les saisons de leur vie, chagrin, mélancolie, angoisse, bonheur. Je connais surtout leurs désirs, la couleur. De génération en génération, elles sont venues, seules, ou à deux, des sœurs, des cousines germaines, dans le secret, sans les hommes, ils restent à distance, ils ne se mêlent pas de ces gestes millénaires, réservés aux femmes, ces gestes qu’ils méprisent, ironiques, mais ils les respectent.”
Sept filles. Sept histoires. Des années 20 aux années 2000. L’enfermement séculaire des femmes et de leurs filles, des deux côtés de la Méditerranée. Transgresser les interdits multiples. Affronter les épreuves qu’impose le désir de liberté, d’amour, de plaisir. Résister à la violence de la misère, des guerres, de la folie, de la drogue. Sept histoires de filles algériennes qui font face à leur histoire, debout. Une jeune prostituée et sa mère maquerelle dans un bordel en Algérie au début du siècle. Une femme violée par les soldats français durant la guerre d’Indépendance...Jusqu’à aujourd’hui, à Paris.

Leïla Sebbar sur le site de ClicNet, Université de Swathmore, Pennsylvanie, USA.

Leïla Sebbar sur le site d’Altérités, magazine édité par la Cité nationale de l’histoire de l’immigration.

Sénac, Jean

Dérisions et vertige. Actes Sud, 1992 Recueil posthume rassemblant des poèmes écrits de 1967 à 1972. Entre le monologue testamentaire et le journal intime, comme l’écrit P. Drachline. Pour avoir dit sa déception devant une Algérie libérée qu’il avait aidée et qui tournait déjà le dos à la liberté et à la fraternité, Sénac a été assassiné en 1973. Un poète dont l’audience ne cesse d’augmenter. Points cardinaux de l’œuvre : l’écriture poétique, l’Algérie, l’homosexualité et l’engagement.

Ebauche du père pour en finir avec l’enfance. Gallimard, 1989
Roman autobiographique, "labyrinthique et mouvant", écrit entre 1959 et 1962, par le poète pied-noir assassiné à Alger en 1973, qui conclut superbement : "j’ai raconté l’enfance alors que de toutes parts fusaient les cris des torturés". Le roman d’un poète "frappé d’une plaie comme d’un blason"

Œuvres poétiques, Actes Sud, 1999

Une vie, une œuvre sur France Culture Jean Sénac : Jean l’Algérien, Sénac l’algérois

Y

Yacine, Kateb

Nedjma, Le Seuil, 1999.
Publié en 1956 : Nedjma, c’est un amour d’enfance, c’est la femme éternelle, c’est l’Algérie. Nedjma, c’est l’obsession du passé, la quête de l’inaccessible, la résurrection d’un peuple. Nedjma, c’est la femme-patrie. Publié en pleine guerre d’Algérie, Nedjma échappe cependant, comme toutes les œuvres majeures, aux circonstances de sa naissance et s’impose, quarante ans après, comme l’un des romans contemporains les plus forts.

Le polygone étoilé. Le Seuil, 2000.
Présentation de l’éditeur " D’un bout à l’autre du monde méditerranéen, un motif ornemental revient avec une puissance presque obsédante. C’est une sorte de rosace, ou plutôt un polygone pointant vers l’extérieur des angles offensifs. " Rencontrant Jacques Berque à Tunis, en 1958, Kateb Yacine décidait que tout son travail procéderait (et avait, depuis l’origine, procédé) de la figure du " polygone étoilé ". Ce livre, au carrefour du roman, de la poésie et du théâtre, à la frontière de l’écrit et de l’oral, peut être considéré à juste titre comme fondateur de la littérature algérienne moderne.

Kateb Yacine sur le site dzlit, « Littérature algérienne »